notre manifeste
women for sea

“Au moment où vous terminez de lire cette phrase, 50 % de l’oxygène que vous aurez respiré vous aura été fourni par la mer

Mais votre lien à la mer va bien au-delà du fait qu’une respiration sur deux provient d’elle. La mer étant reliée à la montagne par le creux des rivières, où que vous soyez – en ville, sur le littoral, à la campagne ou en montagne –, vous prenez place dans le grand cycle de l’eau et êtes intrinsèquement lié.e à elle.

L’air que nous respirons, l’eau que nous buvons, la nourriture que nous consommons : une grande part de nos besoins élémentaires dépendent directement de sa bonne santé. Même les conditions atmosphériques propices à la vie humaine sont permises grâce à la mer, qui régule le climat terrestre.

En retour, notre façon d’habiter la Terre, que ce soit en montagne, près des rivières, en ville, sur le littoral, a des conséquences sur l’intégralité du cycle de l’eau, et par conséquent sur la mer. Seuls 3 % des zones océaniques n’auraient pas été impactées par les activités humaines.

Comment donc expliquer cette dichotomie entre ce lien vital à la mer et notre participation active à sa détérioration ? Et surtout, comment y remédier collectivement, afin de protéger la mer autant qu’elle nous permet de vivre ?”

© Lucie Francini

Relions-nous sensoriellement, émotionnellement et intellectuellement à la mer

Ce lien qui s’effrite entre nous et la mer est à l’image de ce qui se passe avec l’intégralité du vivant. L’être humain est une espèce parmi la diversité du vivant sur Terre, participant à la grande toile de vie qui existe depuis des milliards d’années, tissant des liens avec tous les autres animaux, végétaux, écosystèmes et éléments.

Cependant, au cours de l’histoire de l’humanité, ce lien intime s’est érodé : nous nous sommes détaché.e.s et isolé.e.s, nous plaçant dans une position à part, supposée supérieure, et complètement déconnectée de ce que nous avons alors nommé «la nature». 

Nos modes de vie (surconsommation matérielle, innovation technologique permanente, sédentarisation, urbanisation, virtualisation des activités…) réduisent le temps et la qualité de nos interactions avec le monde qui nous entoure et nous font perdre de vue l’interconnexion entre toutes ses composantes. Cette déconnexion sensorielle, émotionnelle et intellectuelle altère l’ensemble de nos comportements et attitudes à l’égard du vivant, et in fine sa préservation. La protection de la mer commence donc par une (re)découverte de ce qui nous y lie de toutes parts

Alors ouvrons nos sens et allons retrouver le contact avec l’eau et la terre. Allons nous immerger dans la mer, écouter le murmure des rivières, nous fondre dans l’immensité des montagnes, observer les autres créatures avec lesquelles nous partageons l’espace. Émerveillons-nous devant la beauté et la complexité du monde, en nous laissant bouleverser par sa fragilité, tout en admirant sa résilience.

Favorisons la diffusion des connaissances sur le monde vivant et partageons-les avec le plus grand nombre, en tenant compte de l’interdépendance des écosystèmes et de notre place au sein d’eux, pour une compréhension plus globale, écosystémique et accessible.

C’est en renouant sensoriellement et intellectuellement avec la mer, en la comprenant (étymologiquement, « cum », avec, et « prehendere », prendre, saisir ; donc prendre avec soi, embrasser), que nous pourrons conscientiser notre responsabilité à son égard, et ainsi ajuster nos modes de vie pour la préserver.

S'engager pour la mer

Travaillons ensemble, à toutes les échelles, pour protéger la mer, où que nous soyons. « Ne doutez jamais qu’un petit groupe de personnes peut changer le monde. En fait, c’est toujours ainsi que le monde a changé », rappelait l’anthropologue Margaret Mead.

Individuellement, nous pouvons remettre de la conscience dans tous nos choix au quotidien. Par exemple, nous pouvons adapter notre mode de consommation alimentaire, de vêtements, de biens en tout genre en choisissant des produits ayant un impact réduit sur notre environnement. Nous pouvons également diminuer notre empreinte carbone en choisissant des moyens de transport décarbonés (le vélo, le train, la voile…) et en consommant des produits d’origine locale. 

Nous pouvons également agir efficacement à l’échelle locale, nationale et régionale grâce à notre pouvoir de vote. Nous pouvons élire des représentant.e.s dont les programmes et convictions considèrent véritablement les enjeux de biodiversité et climatique. Chacun.e d’entre nous peut également s’impliquer localement au sein de ses autorités et collectivités territoriales pour participer à la gouvernance de son environnement. 

Et puis, à l’occasion de la Journée mondiale de l’océan organisée par l’ONU, nous vous invitons à unir vos forces à celles d’associations ou d’ONG d’intérêt général. Pour porter nos voix plus haut et plus fort, et faire évoluer tous les maillons de la chaîne qui constituent notre société, afin de rendre à la mer toute l’attention et le soin qu’elle mérite.

Allez plus loin dans votre engagement pour la mer et retrouvez ici des ressources et une liste d’actions pour protéger la mer !

Les activités humaines ont un impact majeur sur la mer, qu’il s’agisse du changement climatique (réchauffement et acidification de l’eau…), de la surexploitation des organismes (surpêche…), des diverses pollutions (plastique, chimique) ou de la destruction directe des écosystèmes.

Chacun.e a la responsabilité de limiter son impact sur la mer, en particulier les entreprises et les gouvernements qui possèdent un pouvoir d’action et de décision considérable. En tant qu’individus, nous pouvons également agir à différentes échelles. Voici quelques actions individuelles permettant de réduire notre impact sur la mer face à ces menaces :

Réduire sa consommation de poisson et être plus vigilant.e sur son origine et les méthodes de pêche :

  • Choisir des espèces avec des stocks bien gérés et pêchés avec des méthodes de pêche à faible impact (évitant les prises accidentelles et l’impact  direct sur les fonds marins),
  • Favoriser les circuits courts (AMAP et vente direct)
  • Ressources pour aller plus loin : Poiscaille, Pleine Mer carte points de vente, Mr. Good Fish pour la saisonnalité, BLOOM 

Éviter de consommer des produits de l’aquaculture (crevettes et poissons carnivores type saumon) 

Ressources : Pleine Mer et Seastemik 

Jeter ses mégots dans la poubelle (et non par terre ou sur la plage)

Ressources : Zero Megot

Réduire l’utilisation de plastique à usage unique, favoriser l’achat en vrac et les emballages réutilisables.

Limiter ses émissions de gaz à effet de serre en évitant les transports les plus polluants (avion et ferry) et privilégier les transports doux ou en commun : vélo, bus, covoiturage, train..

Ressources : Bon Pote 

Réinventer les vacances en partant moins loin, près de chez soi (et éviter de prendre l’avion s’il y a des alternatives moins polluantes).

Ressources :  Mollow pour des itinéraires train et vélo, SailCoop pour la voile… 

Limiter sa consommation (habits, numérique, électroménager…), favoriser la sobriété, acheter de seconde main / d’occasion.

Bien se renseigner sur la composition des produits et utiliser des produits cosmétiques et d’hygiène aux principes actifs naturels.

  • Utiliser des crèmes solaires respectueuses de l’environnement,
  • Éviter l’utilisation de crèmes solaires avant la baignade,
  • Se protéger du soleil avec des vêtements.
  • Eviter les sports qui polluent ou perturbent la nature (type sports à moteur),
  • Privilégier les activités sobres en matériel ou faites avec des matériaux à bas impact environnemental.

Rester informé par le biais de sources sérieuses (Ademe, IFREMER, CNRS, BLOOM) et des médias engagés (Reporterre, Blast, Vert, Bon Pote, la Relève et la Peste etc…) et sensibiliser son entourage.

Participer à des initiatives et événements liés à la protection de l’environnement et du milieu marin (conférences, ateliers de sensibilisation types Fresque Océane, ramassage de déchets…). 

Ouvrir ses comptes dans une banque qui ne finance pas de projets polluants (GreenGot, Helios, NEF, Crédit Coopératif…) 

Ressources : Oxfam France

Voter pour des représentant.e.s (au niveau européen, national et local) dont la protection de l’environnement est au coeur du programme.

Ressources : On est prêt

Cette tribune, publiée dans le média Reporterre à l’occasion de la Journée mondiale de l’Océan 2024, est portée par l’association Women for Sea dans le cadre de l’Odyssée de la Goutte d’Eau, une aventure couplant évènements sportifs et ateliers pédagogiques, de la montagne jusqu’à la mer. Cette Odyssée permet de sensibiliser aux interconnexions entre tous les écosystèmes, d’inspirer le plus grand nombre à agir à son échelle tout en portant la voix des femmes expertes et engagées au service de la protection de la mer.

La tribune a été co-signée par :

  • BRECHU Marianne, co-présidente de la Water Family
  • MAROT Anaelle, CHEVREUIL Solène, LE LAY Philomène de Projet Azur
  • DESCOLLONGES Charlène, hydrologue et co-fondatrice de l’association Pour une Hydrologie Régénérative
  • ESSEMLALI Lamya, directrice de Sea Shepherd France
  • GUILLOMON Victoria, fondatrice du podcast Nouvel Oeil
  • MILLE Fiona, présidente de Mountain Wilderness France
  • DIDIER Anne France, Responsable ODD14 à la Direction générale des affaires maritimes, de la pêche et de l’aquaculture (DGAMPA) et part du collectif Génération Mer
  • LASSMAN-TRAPPIER Anne, experte pollution de l’air, présidente de France Nature Environnement Savoie
  • NAVILLE Tanya, directrice de l’association et ZOUECHTIAGH Katarina, chargée de développement de Femmes en Montagne
  • MANOHARANE-BRUNEL Souba, co-fondatrice de Les Impactrices
  • DE CANNART Marie-Kell, biologiste marine et membre du collectif Look Down
  • BOMMIER Swann, responsable plaidoyer de BLOOM
  • BISSEY Leslie, fondatrice de We Ocean Project
  • BASTHARD-BOGAIN Solène, directrice adjointe de Septentrion Environnement
  • CHAMPLOY Marie-Dominique, directrice de Marseille Capitale de la Mer
  • MOURAUD Anne-Sophie de Coexistence Crew
  • THURET Stan du collectif La Vague
  • BOURCHIS Morgan, champion du monde d’apnée
  • THIBAL Luc, directeur Technique National de la Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagne / FFCAM
  • JOLIBERT Catherine, directrice de L’Ice Climbing Écrins
  • CARLHIAN Mathieu, président du Bureau des Guides des Écrins

Pour aller plus loin

  • IPBES, 2019 : Summary for policymakers of the global assessment report on biodiversity and ecosystem services of the Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services (Rapport en français)
  • Hartmut Rosa, 2018 – Résonance : Une sociologie de la relation au monde
  • Soga et Gaston, 2016 – Extinction of experience: the loss of human–nature interactions